Livre de Sophonie 2,3.3,12-13. Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays, qui accomplissez sa loi. Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur. Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur. Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ; ils ne diront plus de mensonge ; dans leur bouche, plus de langage trompeur. Mais ils pourront paître et se reposer, nul ne viendra les effrayer.
Psaume 146(145)
Le Seigneur fait justice aux opprimés ; aux affamés, il donne le pain ; le Seigneur délie les enchaînés.
Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles, le Seigneur redresse les accablés, le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l'étranger. Il soutient la veuve et l'orphelin, Le Seigneur est ton Dieu pour toujours !
Première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens 1,26-31.
Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ;ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu. C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption. Ainsi, comme il est écrit : ‘Celui qui veut être fier, qu’il mette sa fierté dans le Seigneur.’
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 5,1-12a.
En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Dans la liturgie d'aujourd'hui, nous proclamons les Béatitudes selon l'Evangile de Matthieu (cf. Mt 5, 1-12). La première est fondamentale et dit : «Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux» (v. 3).
Qui sont les « pauvres en esprit »? Ce sont ceux qui savent qu'ils ne se suffisent pas à eux-mêmes, qu'ils ne sont pas autosuffisants, et qui vivent comme des « mendiants de Dieu »: ils sentent qu’ils ont besoin de Dieu et reconnaissent que le bien vient de Lui, comme un don, comme une grâce. Celui qui est pauvre en esprit apprécie ce qu'il reçoit; ils souhaite donc qu'aucun don ne soit gaspillé. Aujourd'hui, je voudrais m'attarder sur cet aspect typique des pauvres en esprit: ne pas gaspiller. Les pauvres en esprit s’efforcent de ne rien gaspiller. Jésus nous montre l'importance de ne pas gaspiller, par exemple après la multiplication des pains et des poissons, lorsqu'il demande de récupérer les restes de nourriture afin que rien ne soit perdu (cf. Jn 6, 12). Ne pas gaspiller nous permet d'apprécier la valeur de nous-mêmes, des personnes et des choses. Malheureusement, ce principe est souvent ignoré, surtout dans les sociétés plus aisées, où la culture du gaspillage et la culture du rebut domine: toutes deux sont des fléaux. Je voudrais proposer trois défis contre la mentalité du gaspillage et du rebut.
Premier défi: ne pas gaspiller le don que nous sommes. Chacun d'entre nous est un bien, quels que soient les qualités qu'il possède. Chaque femme, chaque homme est riche non seulement de talents, mais aussi de dignité, est aimé de Dieu, a de la valeur, est précieux. Jésus nous rappelle que nous sommes bienheureux non pas pour ce que nous avons, mais pour ce que nous sommes. Et quand une personne se laisse aller, elle se jette, se gaspille. Luttons, avec l'aide de Dieu, contre la tentation de nous con-sidérer comme inadaptés, mauvais, et de nous apitoyer sur notre sort.
Ensuite, le deuxième défi : ne pas gaspiller les dons que nous avons. Il s'avère qu'environ un tiers de la production alimentaire mondiale totale est gaspillée chaque année. Et ce alors que tant de personnes meurent de faim! Les ressources de la création ne peuvent pas être utilisées de la sorte; les biens doivent être protégés et partagés, afin que personne ne manque du nécessaire. Ne gaspillons pas ce que nous avons, mais diffusons une écologie de la justice et de la charité, du partage!
Enfin, le troisième défi: ne pas mettre les personnes au rebut. La culture du rebut dit: «Je t'utilise aussi longtemps que j'ai besoin de toi; quand tu ne m'intéresses plus ou que tu deviens un obstacle, je te jette. Et ce sont surtout les plus fragiles que l’on traite ainsi: les enfants à naître, les personnes âgées, les personnes dans le besoin et les défavorisés. Mais on ne peut pas jeter les personnes, on ne peut pas jeter les personnes défavorisées! Chaque personne est un don sacré et chaque personne est un don unique, à tout âge et dans toutes les conditions. Respectons et promouvons toujours la vie! Ne mettons pas la vie au rebut!
Chers frères et sœurs, posons-nous quelques questions. Tout d'abord, comment est-ce que je vis la pauvreté d'esprit? Est-ce que je sais faire de la place à Dieu, est-ce que je crois qu'il est mon bien, ma vraie et grande richesse? Est-ce que je crois qu'Il m'aime, ou est-ce que je me jette tristement en oubliant que je suis un don? Et puis: est-ce que je fais attention à ne pas gaspiller, est-ce que je suis responsable dans l'utilisation des choses, des biens? Et suis-je prêt à les partager avec d'autres, ou suis-je égoïste? Enfin: est-ce que je considère les plus fragiles comme des dons précieux, dont Dieu me demande de prendre soin? Est-ce que je me souviens des pauvres, de ceux qui sont privés du nécessaire?
Que Marie, Femme des Béatitudes, nous aide à témoigner de la joie que la vie est un don et de la beauté de faire don de soi.
FRANÇOIS AUDIENCE GÉNÉRALE 5 février 2020 Nous nous confrontons aujourd’hui avec la première des huit Béatitudes de l’Evangile de Matthieu. Jésus commence à proclamer son chemin pour le bonheur à travers une annonce paradoxale: «Heureux les pauvres en esprit car le Royaume des cieux est à eux» (5, 3). Un chemin surprenant et un étrange objet de béatitude, la pauvreté.
Nous devons nous demander: qu’est-ce qu’on entend ici par «pauvres»? Si Matthieu n’utilisait que ce mot, alors la signification serait simplement économique, c’est-à-dire qu’elle indiquerait les personnes qui ont peu ou aucun moyen de subsistance et qui ont besoin de l’aide des autres.
Mais l’Evangile de Matthieu, à la différence de Luc, parle de «pauvres en esprit». Qu’est-ce que cela veut dire? L’esprit, selon la Bible, est le souffle de la vie que Dieu a communiqué à Adam; c’est notre dimension la plus profonde, disons la dimension spirituelle la plus intime, celle qui fait de nous des personnes humaines, le noyau profond de notre être. Les «pauvres en esprit» sont alors ceux qui sont et qui se sentent pauvres, mendiants, au plus profond de leur être. Jésus les proclame bienheureux, parce c’est à eux qu’appartient le Royaume des cieux.
Combien de fois nous a-t-on dit le contraire! Il faut être quelque chose dans la vie, être quelqu’un... Il faut se faire un nom... C’est de cela que naît la solitude et le fait d’être malheureux: si je dois être «quelqu’un», je suis en compétition avec les autres et je vis dans la préoccupation obsessive pour mon ego. Si je n’accepte pas d’être pauvre, je me mets à haïr tout ce qui me rappelle ma fragilité. Car cette fragilité empêche que je devienne une personne importante, quelqu’un de riche non seulement d’argent, mais de renommée, de tout.
Chacun, face à lui-même, sait bien que, pour autant qu’il se donne du mal, il reste toujours radicalement incomplet et vulnérable. Il n’y pas de méthode pour cacher cette vulnérabilité. Chacun de nous est vulnérable, à l’intérieur. Il doit voir où. Mais combien on vit mal si l’on refuse ses propres limites! On vit mal. On ne digère pas la limite, elle est là. Les personnes orgueilleuses ne demandent pas d’aide, ne peuvent pas demander d’aide, elles n’ont pas le réflexe de demander de l’aide parce qu’elle doivent démontrer qu’elles sont autosuffisantes. Et combien d’entre elles ont besoin d’aide, mais l’orgueil les empêche de demander de l’aide. Et combien il est difficile d’admettre une erreur et de demander pardon! Quand je donne quelques conseils aux jeunes mariés, qui me demandent comment bien conduire leur mariage, je leur dis: «Il y a trois mots magiques: s’il te plaît, merci, excuse-moi». Ce sont des mots qui viennent de la pauvreté d’esprit. Il ne faut pas être envahissants, mais demander la permission: «Est-ce que cela te semble une bonne chose à faire?”, ainsi il y a un dialogue en famille, le mari et la femme dialoguent. «Tu as fait cela pour moi, merci, j’en avais besoin». Ensuite, on commet toujours des erreurs, on dérape: «Excuse-moi». Et généralement les couples, les nouveaux mariés, ceux qui sont ici nombreux, me disent: «La troisième est la plus difficile», s’excuser, demander pardon. Car l’orgueilleux n’y arrive pas. Il ne peut pas s’excuser: il a toujours raison. Il n’est pas pauvre en esprit. En revanche, le Seigneur ne se lasse jamais de pardonner; c’est malheureusement nous qui nous lassons de demander pardon (cf. Angelus 17 mars 2013). La lassitude de demander pardon: voilà une vilaine maladie!
->Pourquoi est-il difficile de demander pardon? Parce que cela humilie notre image hypocrite. Pourtant, vivre en cherchant à cacher ses propres carences est fatiguant et angoissant. Jésus Christ nous dit: être pauvres est une occasion de grâce; et il nous montre l’issue de cette fatigue. Il nous est donné d’être pauvres en esprit, parce que c’est la route du Royaume de Dieu.
Mais il faut réaffirmer une chose fondamentale: nous ne devons pas nous transformer pour devenir pauvres en esprit, nous ne devons accomplir aucune transformation parce que nous le sommes déjà! Nous sommes pauvres… ou pour le dire plus clairement: nous sommes des «malheureux» en esprit! Nous avons besoin de tout. Nous sommes tous pauvres en esprit, nous sommes mendiants. C’est la condition humaine.
Le Royaume de Dieu appartient aux pauvres en esprit. Il y a ceux qui ont les royaumes de ce monde: ils ont des biens et le confort. Mais ce sont des royaumes qui finissent. Le pouvoir des hommes, même les empires les plus grands, passent et disparaissent. Très souvent, nous voyons au journal télévisé ou dans les journaux, que ce gouvernant fort, puissant, ou que ce gouvernement qui régnait hier n’est plus là aujourd’hui, il est tombé. Les richesses de ce monde s’en vont, et l’argent aussi. Les personnes âgées nous enseignaient qu’un suaire n’a pas de poches. C’est vrai. Je n’ai jamais vu un camion de déménagement suivre un cortège funèbre: personne n’emporte rien. Ces richesses restent ici.
Le Royaume de Dieu appartient aux pauvres en esprit. Il y a ceux qui ont des royaumes de ce monde, ils ont des biens et ils ont le confort. Mais nous savons comment ils finissent. Celui qui sait aimer le vrai bien, plus que lui-même, règne vraiment. Tel est le pouvoir de Dieu.
En quoi le Christ s’est-il montré puissant? Parce qu’il a su faire ce que les rois de la terre ne font pas: donner sa vie pour les hommes. Et cela est le vrai pouvoir. Le pouvoir de la fraternité, le pouvoir de la charité, le pouvoir de l’amour, le pouvoir de l’humilité. C’est ce qu’a fait le Christ.
En cela réside la vraie liberté: celui qui a ce pouvoir de l’humilité, du service, de la fraternité est libre. La pauvreté louée par les Béatitudes se trouve au service de cette liberté.
Parce qu’il y a une pauvreté que nous devons accepter, celle de notre être, et une pauvreté que nous devons en revanche chercher, celle concrète, des choses de ce monde, pour être libres et pouvoir aimer. Nous devons toujours chercher la liberté du cœur, celle qui a ses racines dans notre pauvreté à nous.
P. FRANÇOIS AUDIENCE GÉNÉRALE 19 février 2020 Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous affrontons la troisième des huit béatitudes de l’Evangile de Matthieu: «Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage» (Mt 5, 5). Le terme «doux» ici utilisé signifie littéralement doux, docile, gentil, sans violence. La douceur se manifeste dans les moments de conflit, elle se voit à la manière dont on réagit face à une situation hostile. N’importe qui pourrait sembler doux quand tout est tranquille, mais comment cette personne réagit-elle «sous pression», si elle est attaquée, offensée, agressée?
Dans un passage, saint Paul rappelle «la douceur et la mansuétude du Christ» (2 Co 10, 1). Et saint Pierre rappelle à son tour l’attitude de Jésus pendant la Passion: il ne répondait pas et ne menaçait pas, car il «s’en remettait à Celui qui juge avec justice» (1 P 2, 23). Et la douceur de Jésus se voit beaucoup pendant sa Passion.
Dans l’Ecriture, le terme «doux» indique également celui qui n’a pas de propriétés terrestres; nous sommes donc frappés par le fait que la troisième béatitude dise précisément que les doux «recevront la terre en héritage».
En réalité, cette béatitude cite le Psaume 37, que nous avons écouté au début de la catéchèse. Là aussi, la douceur et la possession de la terre sont mises en relation. Si l’on y pense bien, ces deux choses semblent incompatibles. En effet, la possession de la terre et le domaine propre au conflit: on combat souvent pour un territoire, pour obtenir l’hégémonie sur une zone donnée. Dans les guerres, le plus fort prévaut et conquiert d’autres terres.
Mais observons bien le verbe utilisé pour indiquer la possession des doux: ceux-ci ne conquièrent pas la terre; il n’est pas dit «heureux les doux parce qu’ils conquerront la terre». Ils en «héritent». Heureux les doux, parce qu’ils «hériteront» la terre. Dans les Ecritures, le verbe «hériter» a un sens encore plus vaste. Le peuple de Dieu appelle précisément «héritage» la terre d’Israël qui est la Terre de la Promesse.
Cette terre est une promesse et un don pour le peuple de Dieu, et elle devient le signe de quelque chose de beaucoup plus grand qu’un simple territoire. Il y a une «terre» — permettez-moi le jeu de mots — qui est le Ciel, c’est-à-dire la terre vers laquelle nous marchons: les nouveaux cieux et la nouvelle terre vers laquelle nous allons (cf. Is 65, 17; 66, 22; 2 P 3, 13; Ap 21, 1).
---->Alors, le doux est celui qui «hérite» le plus sublime des territoires. Ce n’est pas un lâche, un «mou» qui se trouve une morale de repli pour rester en dehors des problèmes. Pas du tout! C’est une personne qui a reçu un héritage et ne veut pas le disperser. Le doux n’est pas quelqu’un d’accommodant, mais il est le disciple du Christ qui a appris à défendre une toute autre terre. Il défend sa paix, il défend sa relation avec Dieu, il défend ses dons, les dons de Dieu, en préservant la miséricorde, la fraternité, la confiance, l’espérance. Car les personnes douces sont des personnes miséricordieuses, fraternelles, confiantes et des personnes qui ont de l’espérance.
Nous devons ici mentionner le péché de la colère, un mouvement violent dont nous connaissons tous l’impulsion. Qui ne s’est pas mis en colère quelquefois? Personne. Nous devons inverser la béatitude et nous poser une question: combien de choses avons-nous détruites par la colère? Combien de choses avons-nous perdues? Un moment de colère peut détruire beaucoup de choses; on perd le contrôle et on n’évalue pas ce qui est vraiment important, et on peut détériorer parfois de manière irrémédiable la relation avec un frère, parfois sans remède. A cause de la colère, beaucoup de frères ne se parlent plus, ils s’éloignent l’un de l’autre. C’est le contraire de la douceur. La douceur rassemble, la colère divise.
La douceur est la conquête de tant de choses. La douceur est capable de vaincre le cœur, de sauver les amitiés, et tant d’autres choses, car les personnes se mettent en colère, mais ensuite elles se calment, elles réfléchissent et reviennent sur leurs pas; ainsi on peut reconstruire avec la douceur.
La «terre» à conquérir par la douceur est le salut de ce frère dont parle l’Evangile de Matthieu: «S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère» (Mt 18, 15). Il n’y a pas de terre plus belle que le cœur d’autrui, il n’y a pas de territoire plus beau à gagner que la paix retrouvée avec un frère. Et il s’agit là de la terre à hériter par la douceur!
FAUSTI – Ce discours s’adresse aux « foules », à l’humanité opprimée par le mal qui vient à Lui des quatre points cardinaux (4,23). Les paroles qui suivent sont la thérapie qui fait d’eux des hommes nouveaux, dotés de la même sagesse que le Fils. Dieu a révélé le Verbe au Sinaï. Là, le Fils se manifeste, modèle de chaque frère, parole parfaitement accomplie. En arrière-plan, la foule anonyme. Un disciple est celui qui « apprend », s’approche de Lui pour L’écouter et Le suivre. Il ouvre la bouche pour se révéler à nous, le Verbe éternel du Père. Jésus est Celui qui parle et qui est parlé, Celui qui parle, le Verbe lui-même. Le Sermon sur la montagne est une catéchèse baptismale, un bréviaire de la vie chrétienne, la règle de vie du Fils. C’est le cœur nouveau, promis par les prophètes. En effet, ce que Jésus dit, il le vit, et par sa chair, il le communique à toute chair. Ses paroles ne sont pas loi, mais Évangile. Ce ne sont pas des exigences nobles et difficiles, mais le don sublime et magnifique qu'il nous offre en se faisant notre frère. Sans le don de son Esprit, les Béatitudes ne sont qu'une idéologie sublime, d'autant plus désespérée d'atteindre cette sublime dimension. Jésus répète le refrain huit fois plus une, afin que le « jugement » de Dieu, si différent du nôtre, s'imprime en nous. Ses paroles possèdent un pouvoir subversif unique : elles bouleversent le monde et ses principes. Jésus félicite les défavorisés, car ils ont « le grand avantage » : Dieu est pour eux, avec eux, l'un des leurs ! La racine de la Béatitude, de toute évidence, n'est pas le mal, mais la « justice de Dieu », qui ne donne pas à chacun ce qui lui appartient, mais selon les besoins, favorisant les plus démunis. En grec, il n'est pas écrit « pauvre », qui désigne celui qui a peu et avec difficulté, contrairement au riche, qui a beaucoup et sans effort. Il est écrit « pitocco », qui désigne celui qui se cache, qui est indigent, un mendiant. Le mendiant n'a rien, pas même la dignité de son visage à sauver : il vit de l'aumône. Nous associons la pauvreté à la culpabilité ou à une moindre valeur. Dans l'Ancien Testament, la richesse est certes un don de Dieu, mais la pauvreté est la faute du riche qui vole ou ne partage pas avec son frère. Les pauvres sont nécessairement humbles : ils vivent de ce que les autres leur donnent. Telle est la condition du Fils, qui reçoit tout du Père, jusqu'à son être même. Chacun de nous est ce qu'il a reçu. La pauvreté est le vide qui reçoit tout : la pauvreté absolue reçoit l'Absolu. La pauvreté d'esprit est humilité, caractéristique première de l'amour. Elle est comprise par ceux qui partagent les mêmes sentiments que le Christ Jésus (Phil. 2, 5-11). Dieu est essentiellement pauvre ; il ne possède rien ; il appartient entièrement à l'Autre. Son Être même est l'être du Fils, s'il est le Père, l'être du Père s'il est le Fils, et le Père et le Fils s'il est l'Esprit. « Il est ». Les première et dernière béatitudes sont dans le présent, les autres dans l'avenir. Le Royaume de Dieu appartient déjà aux pauvres et aux persécutés. Mais la tension d'un avenir différent demeure. La plante provient de la graine semée. Que personne ne s'y trompe : chacun récoltera ce qu'il a semé (Galates 6,7) ; celui qui sème en pleurant récoltera dans la joie (Psaume 126). Face à toute tentation triomphaliste ou millénariste, le Royaume appartient, dès maintenant, aux pauvres et aux persécutés. Le pauvre est affligé. Sa situation est difficile.
--->La terre promise est la promesse de l'Esprit. Celui qui a l'esprit du maître la perd, celui qui a l'esprit du pauvre en reçoit l'héritage : il est un fils, égal au Père, avec le même amour pour ses frères. Doux est Moïse, Celui qui apporte le Royaume, Jésus (Zacharie 9,9). Si les royaumes de la terre appartiennent aux rusés et aux arrogants, qui possèdent le renard et le lion, le royaume des cieux appartient aux simples et aux doux. « Heureux ceux qui ont faim et soif de justice » La faim et la soif sont des besoins vitaux, et la vie est « justice », la volonté de Dieu, son Amour pour tous. Heureux ceux qui ont faim et soif de connaître sur terre l’amour du Père qui est aux cieux. La satiété est la plénitude de la vie. Jésus, qui accomplit toute justice en se montrant solidaire de ses frères perdus, est le Fils, rempli de la vie même du Père (3, 15-17). De lui, devenu Pain, nous aussi puisons force filiale et satiété. « Heureux les miséricordieux. » Ce sont ceux dont le cœur s'ouvre à la souffrance d'autrui comme si elle était la leur. La miséricorde est la forme fondamentale de l'amour : la passion muée en compassion. Le miséricordieux trouve Dieu lui-même, qui est miséricorde, et lui-même, Son Fils, miséricordieux comme le Père. C'est le seul bonheur où l'on retrouve dans l'avenir ce que l'on possède déjà ! « Ils seront consolés. » L'affliction présente annonce un avenir différent (Ésaïe 61,1). La « consolation » symbolise la joie du monde nouveau, où le mal n'existera plus. Jésus, pleurant sur Jérusalem et opprimé dans le jardin de Gethsémani, a affronté la Croix, les yeux fixés sur la Gloire qui lui était réservée, et siège désormais à la droite de Dieu. En nous tournant vers lui, et surtout en le suivant, nous ne nous décourageons pas (Hébreux 12,2). Son destin est aussi le nôtre : c’est pourquoi « les souffrances du temps présent ne sont pas dignes d’être comparées à la gloire à venir qui sera révélée en nous » (Romains 8:18). « Heureux les doux » Doux est celui qui ne revendique pas ses droits et cède plutôt que de se mettre en colère. Celui qui aime est toujours doux. Les pauvres y sont contraints. Les actes transforment les sentiments ! « Ils hériteront de la terre » La terre, qui donne la vie, est un symbole de l'Esprit, qui est la vie. « Heureux les cœurs purs » (Ps 24, 4). Le cœur, centre de l’être, renferme « l’homme caché » (1 P 3, 4) : le Fils, qui par la foi demeure en nous (Éph 3, 17). Celui qui a un cœur pur, non obscurci par de nombreux désirs et craintes, le trouve. « Ils verront Dieu ». Le cœur pur est un œil transparent qui voit Dieu. Et il le voit en toutes choses, car il le porte en lui et le projette sur toute chose. La pureté du cœur s’acquiert par une intention droite : celui qui ne cherche que Dieu en toutes choses le trouve, lui qui est tout en tous (1 Co 15, 28). Jésus ne se contente pas de parler, il nous transmet ses paroles. Les paroles de Jésus sont le remède à nos maux, la vérité qui guérit le cœur du mensonge qui en est à l’origine. Le Sermon sur la montagne est un indicatif qui devient impératif. Le Fils nous permet d’être ce que nous sommes : fils et filles ; nous devons donc devenir frères et sœurs. L’homme n’a d’autre devoir que de devenir ce qu’il est. Il est essentiel, avant tout, de saisir la beauté de ce discours, qui nous restitue, dans le Fils, notre véritable visage et celui du Père.
--->Faire la paix entre les hommes, c’est faire d’eux nos frères et sœurs. Faire des frères et sœurs est l’œuvre du Père et de ceux qui sont déjà fils et filles. « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice ». Celui qui aime le Père et ses frères rencontre le mal : il fait face à l’hostilité et à la persécution, en lui-même et autour de lui. La paix n’est jamais paisible. Il faut porter la croix à celui qui la porte ; comme pour Jésus, il en va de même pour ses disciples, qui considèrent comme une « dignité » d’être méprisés comme lui. Le Royaume des Cieux, ici-bas, demeure sous le signe de la croix. La vie du disciple se déroule « sous la bannière de la croix », un lieu de rencontre entre l’injustice de l’homme et la justice de Dieu, un amour pour tous les injustes. « Il nous faut passer par beaucoup de tribulations pour entrer dans le royaume de Dieu » (Actes 14, 22). Nous pensons que les épreuves nous en empêchent. Mais la nôtre est la victoire de l’Agneau, victorieuse précisément parce qu’il a été sacrifié. « Heureux ! » Jésus s’adresse maintenant à ceux qui se sont laissés transformer par l’écoute de la Parole. C’est le « vous » de ses frères, qui lui ressemblent en ce qui le caractérise le plus : son amour d’« homme juste » crucifié pour les injustes. « Quand on vous insulte » La première forme de persécution est la plus grave : l’humiliation. L’épée tue le corps ; l’insulte tue la dignité. Ici, cependant, c’est un signe de la plus grande dignité : nous sommes jugés dignes d’être comme le Seigneur, qui a perdu sa face et sa vie pour nous. C’est pourquoi les Apôtres, après avoir subi la flagellation pour la première fois, quittèrent le Sanhédrin, joyeux d’avoir été déshonorés à cause de son Nom (Actes 5, 41). C’est ce que saint Ignace de Loyola a bien compris : il demande à ceux qui désirent la liberté évangélique, pour la gloire égale de Dieu, « plutôt que les richesses, la pauvreté avec le Christ pauvre, plutôt que les honneurs, les humiliations avec le Christ humilié, et le désir d’être considérés comme fous et déments pour le Christ, qui fut le premier considéré comme tel, plutôt que sages et avisés selon le jugement du monde », et ce « uniquement pour imiter et ressembler plus fidèlement au Christ notre Seigneur ». Non pas que l'on aime les insultes – il ne faut surtout pas leur donner lieu – mais si l'on aime le Christ, on désire revêtir sa robe, être avec lui et lui ressembler. La persécution, qui sape l'intégrité de la vie, engendre le disciple à l'image du Maître, capable de donner la vie (Jn 15,18...). Pour Paul, elle est la marque de son apostolat (2 Co 11,16-12,10). Les épreuves sont la preuve que nous sommes fils de Dieu, la source d'une joie parfaite, d'un bonheur complet (1 P 1,6), de consolation dans toute tribulation. La diffamation est une insulte publique. C'est la mauvaise réputation, le fait d'être compté parmi les malfaiteurs, qui ôte le nom et l'honneur. L'insulte et la calomnie doivent être injustes. Alors seulement témoignent-elles du Juste. C'est pourquoi « c'est une grâce pour ceux qui connaissent Dieu de souffrir injustement ; car quelle gloire y aurait-il à souffrir si… » « Vous deviez être punis si vous aviez péché ? » (1 Pierre 2,19). « Votre récompense est grande dans les cieux. » Nous avons reçu une immense récompense, la plus grande qui soit. « Dans les cieux » – en Dieu – nous naissons comme des enfants, à l’image du Fils. La félicité devient une joie intérieure qui s’exprime par une danse extérieure : elle nous fait bondir de joie.
Livre de Sophonie 2,3.3,12-13.
RispondiEliminaCherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays, qui accomplissez sa loi. Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur.
Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur.
Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ; ils ne diront plus de mensonge ; dans leur bouche, plus de langage trompeur. Mais ils pourront paître et se reposer, nul ne viendra les effrayer.
Psaume 146(145)
Le Seigneur fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.
Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l'étranger.
Il soutient la veuve et l'orphelin,
Le Seigneur est ton Dieu pour toujours !
Première lettre de saint Paul Apôtre
aux Corinthiens 1,26-31.
Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous,
il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance.
Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ;
ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ;ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu.
C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption.
Ainsi, comme il est écrit : ‘Celui qui veut être fier, qu’il mette sa fierté dans le Seigneur.’
Évangile de Jésus-Christ
selon saint Matthieu 5,1-12a.
En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne.
Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.
Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
PAROLES DES PAPES
RispondiEliminaFRANÇOIS
ANGÉLUS
Place Saint-Pierre
Dimanche 29 janvier 2023
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Chers frères et sœurs, bonjour!
Dans la liturgie d'aujourd'hui, nous proclamons les Béatitudes selon l'Evangile de Matthieu (cf. Mt 5, 1-12). La première est fondamentale et dit : «Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux» (v. 3).
Qui sont les « pauvres en esprit »? Ce sont ceux qui savent qu'ils ne se suffisent pas à eux-mêmes, qu'ils ne sont pas autosuffisants, et qui vivent comme des « mendiants de Dieu »: ils sentent qu’ils ont besoin de Dieu et reconnaissent que le bien vient de Lui, comme un don, comme une grâce. Celui qui est pauvre en esprit apprécie ce qu'il reçoit; ils souhaite donc qu'aucun don ne soit gaspillé. Aujourd'hui, je voudrais m'attarder sur cet aspect typique des pauvres en esprit: ne pas gaspiller. Les pauvres en esprit s’efforcent de ne rien gaspiller. Jésus nous montre l'importance de ne pas gaspiller, par exemple après la multiplication des pains et des poissons, lorsqu'il demande de récupérer les restes de nourriture afin que rien ne soit perdu (cf. Jn 6, 12). Ne pas gaspiller nous permet d'apprécier la valeur de nous-mêmes, des personnes et des choses. Malheureusement, ce principe est souvent ignoré, surtout dans les sociétés plus aisées, où la culture du gaspillage et la culture du rebut domine: toutes deux sont des fléaux. Je voudrais proposer trois défis contre la mentalité du gaspillage et du rebut.
Premier défi: ne pas gaspiller le don que nous sommes. Chacun d'entre nous est un bien, quels que soient les qualités qu'il possède. Chaque femme, chaque homme est riche non seulement de talents, mais aussi de dignité, est aimé de Dieu, a de la valeur, est précieux. Jésus nous rappelle que nous sommes bienheureux non pas pour ce que nous avons, mais pour ce que nous sommes. Et quand une personne se laisse aller, elle se jette, se gaspille. Luttons, avec l'aide de Dieu, contre la tentation de nous con-sidérer comme inadaptés, mauvais, et de nous apitoyer sur notre sort.
Ensuite, le deuxième défi : ne pas gaspiller les dons que nous avons. Il s'avère qu'environ un tiers de la production alimentaire mondiale totale est gaspillée chaque année. Et ce alors que tant de personnes meurent de faim! Les ressources de la création ne peuvent pas être utilisées de la sorte; les biens doivent être protégés et partagés, afin que personne ne manque du nécessaire. Ne gaspillons pas ce que nous avons, mais diffusons une écologie de la justice et de la charité, du partage!
Enfin, le troisième défi: ne pas mettre les personnes au rebut. La culture du rebut dit: «Je t'utilise aussi longtemps que j'ai besoin de toi; quand tu ne m'intéresses plus ou que tu deviens un obstacle, je te jette. Et ce sont surtout les plus fragiles que l’on traite ainsi: les enfants à naître, les personnes âgées, les personnes dans le besoin et les défavorisés. Mais on ne peut pas jeter les personnes, on ne peut pas jeter les personnes défavorisées! Chaque personne est un don sacré et chaque personne est un don unique, à tout âge et dans toutes les conditions. Respectons et promouvons toujours la vie! Ne mettons pas la vie au rebut!
Chers frères et sœurs, posons-nous quelques questions. Tout d'abord, comment est-ce que je vis la pauvreté d'esprit? Est-ce que je sais faire de la place à Dieu, est-ce que je crois qu'il est mon bien, ma vraie et grande richesse? Est-ce que je crois qu'Il m'aime, ou est-ce que je me jette tristement en oubliant que je suis un don? Et puis: est-ce que je fais attention à ne pas gaspiller, est-ce que je suis responsable dans l'utilisation des choses, des biens? Et suis-je prêt à les partager avec d'autres, ou suis-je égoïste? Enfin: est-ce que je considère les plus fragiles comme des dons précieux, dont Dieu me demande de prendre soin? Est-ce que je me souviens des pauvres, de ceux qui sont privés du nécessaire?
Que Marie, Femme des Béatitudes, nous aide à témoigner de la joie que la vie est un don et de la beauté de faire don de soi.
FRANÇOIS AUDIENCE GÉNÉRALE 5 février 2020
EliminaNous nous confrontons aujourd’hui avec la première des huit Béatitudes de l’Evangile de Matthieu. Jésus commence à proclamer son chemin pour le bonheur à travers une annonce paradoxale: «Heureux les pauvres en esprit car le Royaume des cieux est à eux» (5, 3). Un chemin surprenant et un étrange objet de béatitude, la pauvreté.
Nous devons nous demander: qu’est-ce qu’on entend ici par «pauvres»? Si Matthieu n’utilisait que ce mot, alors la signification serait simplement économique, c’est-à-dire qu’elle indiquerait les personnes qui ont peu ou aucun moyen de subsistance et qui ont besoin de l’aide des autres.
Mais l’Evangile de Matthieu, à la différence de Luc, parle de «pauvres en esprit». Qu’est-ce que cela veut dire? L’esprit, selon la Bible, est le souffle de la vie que Dieu a communiqué à Adam; c’est notre dimension la plus profonde, disons la dimension spirituelle la plus intime, celle qui fait de nous des personnes humaines, le noyau profond de notre être. Les «pauvres en esprit» sont alors ceux qui sont et qui se sentent pauvres, mendiants, au plus profond de leur être. Jésus les proclame bienheureux, parce c’est à eux qu’appartient le Royaume des cieux.
Combien de fois nous a-t-on dit le contraire! Il faut être quelque chose dans la vie, être quelqu’un... Il faut se faire un nom... C’est de cela que naît la solitude et le fait d’être malheureux: si je dois être «quelqu’un», je suis en compétition avec les autres et je vis dans la préoccupation obsessive pour mon ego. Si je n’accepte pas d’être pauvre, je me mets à haïr tout ce qui me rappelle ma fragilité. Car cette fragilité empêche que je devienne une personne importante, quelqu’un de riche non seulement d’argent, mais de renommée, de tout.
Chacun, face à lui-même, sait bien que, pour autant qu’il se donne du mal, il reste toujours radicalement incomplet et vulnérable. Il n’y pas de méthode pour cacher cette vulnérabilité. Chacun de nous est vulnérable, à l’intérieur. Il doit voir où. Mais combien on vit mal si l’on refuse ses propres limites! On vit mal. On ne digère pas la limite, elle est là. Les personnes orgueilleuses ne demandent pas d’aide, ne peuvent pas demander d’aide, elles n’ont pas le réflexe de demander de l’aide parce qu’elle doivent démontrer qu’elles sont autosuffisantes. Et combien d’entre elles ont besoin d’aide, mais l’orgueil les empêche de demander de l’aide. Et combien il est difficile d’admettre une erreur et de demander pardon! Quand je donne quelques conseils aux jeunes mariés, qui me demandent comment bien conduire leur mariage, je leur dis: «Il y a trois mots magiques: s’il te plaît, merci, excuse-moi». Ce sont des mots qui viennent de la pauvreté d’esprit. Il ne faut pas être envahissants, mais demander la permission: «Est-ce que cela te semble une bonne chose à faire?”, ainsi il y a un dialogue en famille, le mari et la femme dialoguent. «Tu as fait cela pour moi, merci, j’en avais besoin». Ensuite, on commet toujours des erreurs, on dérape: «Excuse-moi». Et généralement les couples, les nouveaux mariés, ceux qui sont ici nombreux, me disent: «La troisième est la plus difficile», s’excuser, demander pardon. Car l’orgueilleux n’y arrive pas. Il ne peut pas s’excuser: il a toujours raison. Il n’est pas pauvre en esprit. En revanche, le Seigneur ne se lasse jamais de pardonner; c’est malheureusement nous qui nous lassons de demander pardon (cf. Angelus 17 mars 2013). La lassitude de demander pardon: voilà une vilaine maladie!
->Pourquoi est-il difficile de demander pardon? Parce que cela humilie notre image hypocrite. Pourtant, vivre en cherchant à cacher ses propres carences est fatiguant et angoissant. Jésus Christ nous dit: être pauvres est une occasion de grâce; et il nous montre l’issue de cette fatigue. Il nous est donné d’être pauvres en esprit, parce que c’est la route du Royaume de Dieu.
EliminaMais il faut réaffirmer une chose fondamentale: nous ne devons pas nous transformer pour devenir pauvres en esprit, nous ne devons accomplir aucune transformation parce que nous le sommes déjà! Nous sommes pauvres… ou pour le dire plus clairement: nous sommes des «malheureux» en esprit! Nous avons besoin de tout. Nous sommes tous pauvres en esprit, nous sommes mendiants. C’est la condition humaine.
Le Royaume de Dieu appartient aux pauvres en esprit. Il y a ceux qui ont les royaumes de ce monde: ils ont des biens et le confort. Mais ce sont des royaumes qui finissent. Le pouvoir des hommes, même les empires les plus grands, passent et disparaissent. Très souvent, nous voyons au journal télévisé ou dans les journaux, que ce gouvernant fort, puissant, ou que ce gouvernement qui régnait hier n’est plus là aujourd’hui, il est tombé. Les richesses de ce monde s’en vont, et l’argent aussi. Les personnes âgées nous enseignaient qu’un suaire n’a pas de poches. C’est vrai. Je n’ai jamais vu un camion de déménagement suivre un cortège funèbre: personne n’emporte rien. Ces richesses restent ici.
Le Royaume de Dieu appartient aux pauvres en esprit. Il y a ceux qui ont des royaumes de ce monde, ils ont des biens et ils ont le confort. Mais nous savons comment ils finissent. Celui qui sait aimer le vrai bien, plus que lui-même, règne vraiment. Tel est le pouvoir de Dieu.
En quoi le Christ s’est-il montré puissant? Parce qu’il a su faire ce que les rois de la terre ne font pas: donner sa vie pour les hommes. Et cela est le vrai pouvoir. Le pouvoir de la fraternité, le pouvoir de la charité, le pouvoir de l’amour, le pouvoir de l’humilité. C’est ce qu’a fait le Christ.
En cela réside la vraie liberté: celui qui a ce pouvoir de l’humilité, du service, de la fraternité est libre. La pauvreté louée par les Béatitudes se trouve au service de cette liberté.
Parce qu’il y a une pauvreté que nous devons accepter, celle de notre être, et une pauvreté que nous devons en revanche chercher, celle concrète, des choses de ce monde, pour être libres et pouvoir aimer. Nous devons toujours chercher la liberté du cœur, celle qui a ses racines dans notre pauvreté à nous.
P. FRANÇOIS AUDIENCE GÉNÉRALE
Elimina19 février 2020
Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous affrontons la troisième des huit béatitudes de l’Evangile de Matthieu: «Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage» (Mt 5, 5).
Le terme «doux» ici utilisé signifie littéralement doux, docile, gentil, sans violence. La douceur se manifeste dans les moments de conflit, elle se voit à la manière dont on réagit face à une situation hostile. N’importe qui pourrait sembler doux quand tout est tranquille, mais comment cette personne réagit-elle «sous pression», si elle est attaquée, offensée, agressée?
Dans un passage, saint Paul rappelle «la douceur et la mansuétude du Christ» (2 Co 10, 1). Et saint Pierre rappelle à son tour l’attitude de Jésus pendant la Passion: il ne répondait pas et ne menaçait pas, car il «s’en remettait à Celui qui juge avec justice» (1 P 2, 23). Et la douceur de Jésus se voit beaucoup pendant sa Passion.
Dans l’Ecriture, le terme «doux» indique également celui qui n’a pas de propriétés terrestres; nous sommes donc frappés par le fait que la troisième béatitude dise précisément que les doux «recevront la terre en héritage».
En réalité, cette béatitude cite le Psaume 37, que nous avons écouté au début de la catéchèse. Là aussi, la douceur et la possession de la terre sont mises en relation. Si l’on y pense bien, ces deux choses semblent incompatibles. En effet, la possession de la terre et le domaine propre au conflit: on combat souvent pour un territoire, pour obtenir l’hégémonie sur une zone donnée. Dans les guerres, le plus fort prévaut et conquiert d’autres terres.
Mais observons bien le verbe utilisé pour indiquer la possession des doux: ceux-ci ne conquièrent pas la terre; il n’est pas dit «heureux les doux parce qu’ils conquerront la terre». Ils en «héritent». Heureux les doux, parce qu’ils «hériteront» la terre. Dans les Ecritures, le verbe «hériter» a un sens encore plus vaste. Le peuple de Dieu appelle précisément «héritage» la terre d’Israël qui est la Terre de la Promesse.
Cette terre est une promesse et un don pour le peuple de Dieu, et elle devient le signe de quelque chose de beaucoup plus grand qu’un simple territoire. Il y a une «terre» — permettez-moi le jeu de mots — qui est le Ciel, c’est-à-dire la terre vers laquelle nous marchons: les nouveaux cieux et la nouvelle terre vers laquelle nous allons (cf. Is 65, 17; 66, 22; 2 P 3, 13; Ap 21, 1).
---->Alors, le doux est celui qui «hérite» le plus sublime des territoires. Ce n’est pas un lâche, un «mou» qui se trouve une morale de repli pour rester en dehors des problèmes. Pas du tout! C’est une personne qui a reçu un héritage et ne veut pas le disperser. Le doux n’est pas quelqu’un d’accommodant, mais il est le disciple du Christ qui a appris à défendre une toute autre terre. Il défend sa paix, il défend sa relation avec Dieu, il défend ses dons, les dons de Dieu, en préservant la miséricorde, la fraternité, la confiance, l’espérance. Car les personnes douces sont des personnes miséricordieuses, fraternelles, confiantes et des personnes qui ont de l’espérance.
EliminaNous devons ici mentionner le péché de la colère, un mouvement violent dont nous connaissons tous l’impulsion. Qui ne s’est pas mis en colère quelquefois? Personne. Nous devons inverser la béatitude et nous poser une question: combien de choses avons-nous détruites par la colère? Combien de choses avons-nous perdues? Un moment de colère peut détruire beaucoup de choses; on perd le contrôle et on n’évalue pas ce qui est vraiment important, et on peut détériorer parfois de manière irrémédiable la relation avec un frère, parfois sans remède. A cause de la colère, beaucoup de frères ne se parlent plus, ils s’éloignent l’un de l’autre. C’est le contraire de la douceur. La douceur rassemble, la colère divise.
La douceur est la conquête de tant de choses. La douceur est capable de vaincre le cœur, de sauver les amitiés, et tant d’autres choses, car les personnes se mettent en colère, mais ensuite elles se calment, elles réfléchissent et reviennent sur leurs pas; ainsi on peut reconstruire avec la douceur.
La «terre» à conquérir par la douceur est le salut de ce frère dont parle l’Evangile de Matthieu: «S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère» (Mt 18, 15). Il n’y a pas de terre plus belle que le cœur d’autrui, il n’y a pas de territoire plus beau à gagner que la paix retrouvée avec un frère. Et il s’agit là de la terre à hériter par la douceur!
FAUSTI – Ce discours s’adresse aux « foules », à l’humanité opprimée par le mal qui vient à Lui des quatre points cardinaux (4,23). Les paroles qui suivent sont la thérapie qui fait d’eux des hommes nouveaux, dotés de la même sagesse que le Fils. Dieu a révélé le Verbe au Sinaï.
RispondiEliminaLà, le Fils se manifeste, modèle de chaque frère, parole parfaitement accomplie.
En arrière-plan, la foule anonyme.
Un disciple est celui qui « apprend », s’approche de Lui pour L’écouter et Le suivre.
Il ouvre la bouche pour se révéler à nous, le Verbe éternel du Père. Jésus est Celui qui parle et qui est parlé, Celui qui parle, le Verbe lui-même.
Le Sermon sur la montagne est une catéchèse baptismale, un bréviaire de la vie chrétienne, la règle de vie du Fils. C’est le cœur nouveau, promis par les prophètes.
En effet, ce que Jésus dit, il le vit, et par sa chair, il le communique à toute chair.
Ses paroles ne sont pas loi, mais Évangile. Ce ne sont pas des exigences nobles et difficiles, mais le don sublime et magnifique qu'il nous offre en se faisant notre frère.
Sans le don de son Esprit, les Béatitudes ne sont qu'une idéologie sublime,
d'autant plus désespérée d'atteindre cette sublime dimension.
Jésus répète le refrain huit fois plus une, afin que le « jugement » de Dieu, si différent du nôtre, s'imprime en nous. Ses paroles possèdent un pouvoir subversif unique : elles bouleversent le monde et ses principes. Jésus félicite les défavorisés, car ils ont « le grand avantage » : Dieu est pour eux, avec eux, l'un des leurs !
La racine de la Béatitude, de toute évidence, n'est pas le mal, mais la « justice de Dieu », qui ne donne pas à chacun ce qui lui appartient, mais selon les besoins, favorisant les plus démunis.
En grec, il n'est pas écrit « pauvre », qui désigne celui qui a peu et avec difficulté, contrairement au riche, qui a beaucoup et sans effort. Il est écrit « pitocco », qui désigne celui qui se cache, qui est indigent, un mendiant. Le mendiant n'a rien, pas même la dignité de son visage à sauver : il vit de l'aumône.
Nous associons la pauvreté à la culpabilité ou à une moindre valeur. Dans l'Ancien Testament, la richesse est certes un don de Dieu, mais la pauvreté est la faute du riche qui vole ou ne partage pas avec son frère.
Les pauvres sont nécessairement humbles : ils vivent de ce que les autres leur donnent.
Telle est la condition du Fils, qui reçoit tout du Père, jusqu'à son être même.
Chacun de nous est ce qu'il a reçu.
La pauvreté est le vide qui reçoit tout : la pauvreté absolue reçoit l'Absolu.
La pauvreté d'esprit est humilité, caractéristique première de l'amour.
Elle est comprise par ceux qui partagent les mêmes sentiments que le Christ Jésus (Phil. 2, 5-11).
Dieu est essentiellement pauvre ; il ne possède rien ; il appartient entièrement à l'Autre.
Son Être même est l'être du Fils, s'il est le Père, l'être du Père s'il est le Fils, et le Père et le Fils s'il est l'Esprit.
« Il est ». Les première et dernière béatitudes sont dans le présent, les autres dans l'avenir.
Le Royaume de Dieu appartient déjà aux pauvres et aux persécutés.
Mais la tension d'un avenir différent demeure. La plante provient de la graine semée.
Que personne ne s'y trompe : chacun récoltera ce qu'il a semé (Galates 6,7) ; celui qui sème en pleurant récoltera dans la joie (Psaume 126).
Face à toute tentation triomphaliste ou millénariste, le Royaume appartient, dès maintenant, aux pauvres et aux persécutés. Le pauvre est affligé. Sa situation est difficile.
--->La terre promise est la promesse de l'Esprit. Celui qui a l'esprit du maître la perd, celui qui a l'esprit du pauvre en reçoit l'héritage : il est un fils, égal au Père, avec le même amour pour ses frères.
EliminaDoux est Moïse, Celui qui apporte le Royaume, Jésus (Zacharie 9,9). Si les royaumes de la terre appartiennent aux rusés et aux arrogants, qui possèdent le renard et le lion, le royaume des cieux appartient aux simples et aux doux.
« Heureux ceux qui ont faim et soif de justice » La faim et la soif sont des besoins vitaux, et la vie est « justice », la volonté de Dieu, son Amour pour tous.
Heureux ceux qui ont faim et soif de connaître sur terre l’amour du Père qui est aux cieux.
La satiété est la plénitude de la vie. Jésus, qui accomplit toute justice en se montrant solidaire de ses frères perdus, est le Fils, rempli de la vie même du Père (3, 15-17).
De lui, devenu Pain, nous aussi puisons force filiale et satiété.
« Heureux les miséricordieux. » Ce sont ceux dont le cœur s'ouvre à la souffrance d'autrui comme si elle était la leur.
La miséricorde est la forme fondamentale de l'amour : la passion muée en compassion.
Le miséricordieux trouve Dieu lui-même, qui est miséricorde, et lui-même, Son Fils, miséricordieux comme le Père.
C'est le seul bonheur où l'on retrouve dans l'avenir ce que l'on possède déjà !
« Ils seront consolés. » L'affliction présente annonce un avenir différent (Ésaïe 61,1).
La « consolation » symbolise la joie du monde nouveau, où le mal n'existera plus.
Jésus, pleurant sur Jérusalem et opprimé dans le jardin de Gethsémani, a affronté la Croix, les yeux fixés sur la Gloire qui lui était réservée, et siège désormais à la droite de Dieu. En nous tournant vers lui, et surtout en le suivant, nous ne nous décourageons pas (Hébreux 12,2). Son destin est aussi le nôtre : c’est pourquoi « les souffrances du temps présent ne sont pas dignes d’être comparées à la gloire à venir qui sera révélée en nous » (Romains 8:18).
« Heureux les doux » Doux est celui qui ne revendique pas ses droits et cède plutôt que de se mettre en colère.
Celui qui aime est toujours doux. Les pauvres y sont contraints. Les actes transforment les sentiments !
« Ils hériteront de la terre » La terre, qui donne la vie, est un symbole de l'Esprit, qui est la vie.
« Heureux les cœurs purs » (Ps 24, 4). Le cœur, centre de l’être, renferme « l’homme caché » (1 P 3, 4) : le Fils, qui par la foi demeure en nous (Éph 3, 17). Celui qui a un cœur pur, non obscurci par de nombreux désirs et craintes, le trouve.
« Ils verront Dieu ». Le cœur pur est un œil transparent qui voit Dieu. Et il le voit en toutes choses, car il le porte en lui et le projette sur toute chose.
La pureté du cœur s’acquiert par une intention droite : celui qui ne cherche que Dieu en toutes choses le trouve, lui qui est tout en tous (1 Co 15, 28). Jésus ne se contente pas de parler, il nous transmet ses paroles. Les paroles de Jésus sont le remède à nos maux, la vérité qui guérit le cœur du mensonge qui en est à l’origine.
Le Sermon sur la montagne est un indicatif qui devient impératif.
Le Fils nous permet d’être ce que nous sommes : fils et filles ; nous devons donc devenir frères et sœurs.
L’homme n’a d’autre devoir que de devenir ce qu’il est. Il est essentiel, avant tout, de saisir la beauté de ce discours, qui nous restitue, dans le Fils, notre véritable visage et celui du Père.
--->Faire la paix entre les hommes, c’est faire d’eux nos frères et sœurs.
EliminaFaire des frères et sœurs est l’œuvre du Père et de ceux qui sont déjà fils et filles.
« Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice ». Celui qui aime le Père et ses frères rencontre le mal : il fait face à l’hostilité et à la persécution, en lui-même et autour de lui.
La paix n’est jamais paisible. Il faut porter la croix à celui qui la porte ; comme pour Jésus, il en va de même pour ses disciples, qui considèrent comme une « dignité » d’être méprisés comme lui.
Le Royaume des Cieux, ici-bas, demeure sous le signe de la croix.
La vie du disciple se déroule « sous la bannière de la croix », un lieu de rencontre entre l’injustice de l’homme et la justice de Dieu, un amour pour tous les injustes.
« Il nous faut passer par beaucoup de tribulations pour entrer dans le royaume de Dieu » (Actes 14, 22).
Nous pensons que les épreuves nous en empêchent.
Mais la nôtre est la victoire de l’Agneau, victorieuse précisément parce qu’il a été sacrifié.
« Heureux ! » Jésus s’adresse maintenant à ceux qui se sont laissés transformer par l’écoute de la Parole.
C’est le « vous » de ses frères, qui lui ressemblent en ce qui le caractérise le plus :
son amour d’« homme juste » crucifié pour les injustes.
« Quand on vous insulte » La première forme de persécution est la plus grave : l’humiliation.
L’épée tue le corps ; l’insulte tue la dignité. Ici, cependant, c’est un signe de la plus grande dignité : nous sommes jugés dignes d’être comme le Seigneur, qui a perdu sa face et sa vie pour nous.
C’est pourquoi les Apôtres, après avoir subi la flagellation pour la première fois, quittèrent le Sanhédrin, joyeux d’avoir été déshonorés à cause de son Nom (Actes 5, 41).
C’est ce que saint Ignace de Loyola a bien compris : il demande à ceux qui désirent la liberté évangélique, pour la gloire égale de Dieu, « plutôt que les richesses, la pauvreté avec le Christ pauvre, plutôt que les honneurs,
les humiliations avec le Christ humilié, et le désir d’être considérés comme fous et déments pour le Christ, qui fut le premier considéré comme tel, plutôt que sages et avisés selon le jugement du monde », et ce « uniquement
pour imiter et ressembler plus fidèlement au Christ notre Seigneur ». Non pas que l'on aime les insultes – il ne faut surtout pas leur donner lieu – mais si l'on aime le Christ, on désire revêtir sa robe, être avec lui et lui ressembler.
La persécution, qui sape l'intégrité de la vie, engendre le disciple à l'image du Maître, capable de donner la vie (Jn 15,18...).
Pour Paul, elle est la marque de son apostolat (2 Co 11,16-12,10).
Les épreuves sont la preuve que nous sommes fils de Dieu, la source d'une joie parfaite, d'un bonheur complet (1 P 1,6), de consolation dans toute tribulation. La diffamation est une insulte publique.
C'est la mauvaise réputation, le fait d'être compté parmi les malfaiteurs, qui ôte le nom et l'honneur.
L'insulte et la calomnie doivent être injustes. Alors seulement témoignent-elles du Juste.
C'est pourquoi « c'est une grâce pour ceux qui connaissent Dieu de souffrir injustement ; car quelle gloire y aurait-il à souffrir si… » « Vous deviez être punis si vous aviez péché ? » (1 Pierre 2,19).
« Votre récompense est grande dans les cieux. » Nous avons reçu une immense récompense, la plus grande qui soit. « Dans les cieux » – en Dieu – nous naissons comme des enfants, à l’image du Fils.
La félicité devient une joie intérieure qui s’exprime par une danse extérieure : elle nous fait bondir de joie.